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Le passage du Rhône

Après le passage des Pyrénées, Hannibal va se déplacer rapidement dans le Languedoc et le Roussillon. Il distribue des cadeaux aux tribus gauloises rencontrées afin de ne pas être ralenti. Arrivé à Montpellier (Serratione), il voit enfin apparaître les Alpes avec la cime du mont Ventoux qui se détache dans le lointain. Il a planifié son voyage depuis très longtemps, il connait parfaitement l'itinéraire qui va le conduire en Italie. Rien n'est improvisé. Il a prévu de prendre la route la plus courte et la plus facile, celle qui rejoint la vallée de la Durance et remonte jusqu'au col du Mont-Genèvre. Il sait que cette route passe au sud du mont Ventoux et en voyant enfin ce premier contrefort des Alpes, son grand projet devient enfin palpable.

En deux étapes, il rejoint Nîmes (Nemuso). le mont Ventoux est de plus en plus présent dans son horizon. Sa présence imposante indique maintenant la démarcation entre deux territoires. Celui situé au sud où les tribus Cavares risquent de lui être hostiles et celles situées au nord où commencent les territoires de Gaulois qui ne sont pas défavorables à son passage : les Voconces, les Tricastini, etc.

En approchant du Rhône, à la fin du mois d'août, il ne sait pas encore qu'une légion romaine vient de débarquer près de Marseille (Massilia). S'il l'avait su, il n'aurait jamais pris le risque de traverser le Rhône dans les difficiles conditions qu'il va rencontrer. Il eût été bien plus simple de remonter le Rhône sur sa rive droite, pour s'en servir de rempart contre les légions romaines. Mais il n'en sait rien, il va donc traverser le Rhône au plus vite.

Il arrive sur les rives du Rhône à la hauteur de Beaucaire, car ici qu'aboutit la route venant de Narbonne. Pour Hannibal c'est la bonne route puisque de l'autre côté du Rhône, la route continue à travers le Lubéron, pour rejoindre la Durance. Mais sur l'autre rive, une horde immense de barbares lui barre la route. Il s'agit de tribus de Volques qui ont abandonné la rive droite du Rhône pour se mêler aux tribus cavares. Toutes ces tribues qui sont dans la mouvance de l'influence masilliote (Marseille), sont plutôt favorables aux Romains.


Il est plus vraisemblable que les éléphants aient traversé le Rhône à la nage ou en marchant sur le fond du fleuve, la trompe en l'air pour respirer.

Hannibal, habile stratège, veut mesurer les risques. Afin de mieux évaluer les forces ennemies, pour voir si elles sont prêtes à se déplacer et enfin pour imposer son choix du lieu où se déroulera le combat, Hannibal va entreprendre une remontée du Rhône sur sa rive droite probablement pendant moins d'une journée de marche. Il sait que jusqu'au niveau de la confluence avec la Durance, ou un peu plus haut, il ne s'éloigne pas trop de l'axe de la route des Alpes.

Hannibal va mettre au point un plan d'offensive très efficace. Il demande à son lieutenant Hannon de préparer un détachement et de remonter le Rhône sur 200 stades (35 km) afin d'effectuer une traversée discrète et de prendre en tenaille l'ennemi. Sur le conseil des guides gaulois, Hannon atteint un endroit où le Rhône forme une île centrale propice à une traversée facile. Le contigent traverse le Rhône et prend une journée de repos, puis redescend en direction du sud pour trouver une position élevée sur les arrières des Volques. Lorsque Hannibal aperçoit la fumée qui signale qu'Hannon est prêt à l'attaque, il donne l'ordre à ses troupes de traverser le fleuve. On imagine la stupeur des barbares qui pensaient être en situation dominante et qui tout à coup se retrouve sous la charge des hommes d'Hannon. Par ce stratagème, hannibal évite une hécatombe à son armée. La traversée du fleuve ne sera pas pour autant une partie de plaisir et les pertes en hommes seront importantes. cette tactique adoptée par Hannibal est considérée aujourd'hui encore par les stratèges militaires comme une des grandes référencse en la matière.

Le passage du Rhône a été une opération d'envergure. Il a fallu trois jours pour préparer des radeaux en nombres suffisants, acheter les barques des riverains, puis un jour entier pour la traversée elle-même, et enfin une journée de repos sur la rive gauche pour reconstituer la caravane.

Personne n'est vraiment d'accord pour définir le lieu exact du passage du Rhône par Hannibal. Certains l'ont fait traverser à Arles et d'autres en dessus de Mornas. Nous ne parlerons pas des extravagants qui situent le passage encore plus au nord, vers Montélimar, Vienne voire Genève. Polybe donne pourtant des renseignements précieux pour situer cet endroit : "à quatre jours de marche de la mer" . Pour exploiter cette information, Il faut situer l'antique port de Fos (Fosses Mariannes). Si sur l'ensemble du delta le front de mer a avancé de plusieurs kilomètres, il n'a pas bougé dans la zone du port de Fos. On peut par contre considérer que l'étang de l'Estomac faisait partie des zones de mouillage et rapprocher le débarquement des bateaux d'un kilomètre de la plage principale. La distance entre Arles et Fos était équivalente à la distance actuelle, soit 36 km (2 jours de marche).

Consultez ce lien pour en savoir plus sur les Fosses Mariennes.

La vitesse moyenne de déplacement d'une armée en campagne est estimée entre 16 à 18 km par jour. Plus l'armée est importante en nombre et plus cette moyenne diminue. Cette moyenne correspond à la vitesse de déplacement journalier proposée par Polybe soit 100 stades par jour (17,5 km). En adoptant cette moyenne, on voit qu'il n'est pas possible de situer le passage en dessous de la confluence avec la Durance. Polybe précise aussi que la traversée a eu lieu là où le fleuve n'a qu'un seul courant. Dans la baulieue nord d'Avignon et depuis Roquemaure, le Rhône se divise en deux bras sur près de 10 km. Cette configuration géographique ne laisse qu'une zone de 4 km en face de la ville moderne d'Avignon. On peut évidemment retrouver des sections avec un bras unique au nord de Roquemaure. Les commentateurs qui ont privilégié cette hypothèse ont été obligés de relever la moyenne de déplacement des troupe au alentours de 25 km/jours, ce qui est extrèmement peu probable à cette époque. Il est toutefois possible qu'afin de limiter les risques de surprise, Hannibal est opté pour l'estimation la plus défavorable : légion romaine déjà installée dans la plaine de la Crau, déplacement rapide. Dans ce contexte, un passage au niveau de Roquemaure est tout à fait possible. On peut donc retenir les deux possibilités les plus probables qui seraient Villeneuve-lès-Avignon pour l'hypothèse Sud et Roquemaure pour l'hypothèse Nord. Cette hypothèse n'est valable que si on admet que les deux bras du Rhône au nord d'Avignon existaient déjà à cette époque, ce qui n'est pas du tout certain. Toutefois sans tenir compte des bras du Rhône, la fourchette de 10 km au nord de la confluence de la Durance reste la possibilité la plus crédible.
L'autre indication que donne Polybe est une "ile" située à 200 stades sur le Rhône, lieu de la traversée de son lieutenant Hannon. La recherche d'un îlot situé à 35 km en amont sur le Rhône est trop illusoire, car après 22 siècles, il est impensable de retrouver une configuration identique sur un fleuve aussi sujet à d'énormes crues. L'armée d'Hannibal a donc dû traverser le Rhône entre Avignon et Châteauneuf-du-Pape.