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Le texte de Tite-Live - Partie 4

Crédit : Traduction tirée d'après "Les Oeuvres complètes de Tite-Live" de M. E. Pessoneaux, de 1909. Les intertitres sont repris à A. Flobert, Tite-Live. La seconde guerre punique I. Histoire romaine. Livres XXI à XXV, Paris, 1993. (Garnier- Flammarion - GF 746).

CHAPITRE XXI -23  

(1) Encouragé par cette apparition, il passa l'Hèbre sur trois points: d'avance il avait envoyé des émissaires pour gagner par des présents les Gaulois dont il allait traverser le pays avec son armée, et pour reconnaître le passage des Alpes. Quatre-vingt-dix mille fantassins et douze mille chevaux franchirent l'Hèbre sous ses ordres. (2) Bientôt les Ilergètes, les Bargusiens, les Ausétans et la Jacétanie, située au pied des monts Pyrénées, sont soumis. Tout ce pays est confié à la vigilance d'Hannon; il doit occuper les gorges qui joignent les Espagnes aux Gaules. (3) Hannibal lui laisse, pour garder cette conquête, dix mille hommes d'infanterie et mille de cavalerie. (4) Lorsque les troupes furent engagées dans les défilés des Pyrénées, et qu'une nouvelle devenue officielle eut appris aux barbares qu'on marchait contre les Romains, trois mille fantassins carpétans rebroussèrent chemin: ce n'était pas la guerre qui les effrayait, mais la longueur de la route et le passage impraticable des Alpes. (5) Hannibal, qui voyait du danger à les rappeler ou à les retenir de force, pour ne point irriter l'esprit farouche de ses soldats, (6) licencia plus de sept mille hommes auxquels il avait reconnu de la répugnance pour cette expédition: par là, il feignait d'avoir congédié aussi les Carpétans.

CHAPITRE XXI -24

L'arrivée en Gaule

(1) Aussitôt, pour que le retard et l'inaction ne soient point funestes à ses soldats, il passe les Pyrénées avec le reste de ses troupes, et vient camper auprès d'Iliberris. (2) Les Gaulois avaient bien entendu dire qu'on portait le guerre en Italie; toutefois, comme la renommée publiait que les Espagnols au-delà des Pyrénées avaient été soumis par la force, et que des garnisons redoutables occupaient les places conquises, la crainte de la servitude fit prendre les armes à plusieurs peuplades de la Gaule, qui se réunirent à Ruscino. (3) Hannibal l'apprit; et, comme il redoutait plus la perte de temps que la guerre, il envoie aux chefs une députation, pour leur demander un entretien: "Qu'ils s'approchent donc d'Iliberris, ou bien il s'avancera jusqu'à Ruscino; la proximité rendra l'entretien plus facile. (4) Il les recevra avec plaisir dans son camp; avec plaisir aussi il se rendra près d'eux. C'est comme hôte, et non comme ennemi de la Gaule, qu'il se présente; s'ils le veulent. il ne tirera point le glaive avant d'être arrivé en Italie." (5) Après ces négociations, les petits rois de ces contrées vinrent aussitôt asseoir leur camp près d'Iliberris, et entrèrent sans crainte dans celui des Carthaginois. Gagnés par des présents, ils laissèrent l'armée traverser tranquillement leur pays, le long des murs de Ruscino.

CHAPITRE XXI -24

Soulèvement des Boïens (juin-juillet -218)

(1) Cependant on n'avait en Italie d'autre nouvelle que celle du passage de l'Hèbre par Hannibal; elle avait été portée à Rome par les ambassadeurs de Marseille, (2) et déjà, comme s'il eût franchi les Alpes, les Boïens, de concert avec les Insubres, s'étaient soulevés, moins à cause de leur vieille haine contre les Romains, que pour un motif tout récent, le vif dépit que leur causaient les colonies de Plaisance et de Crémone qu'on venait d'établir dans leur pays, sur les rives du Pô. (3) Tout à coup ils saisissent les armes, viennent fondre sur cet établissement nouveau, répandent partout la terreur et l'effroi, au point que la multitude dispersée dans la campagne, et les triumvirs eux-mêmes, venus pour le partage des terres, ne se croyant pas en sûreté dans les murs de Plaisance, se réfugièrent à Modène. Ces magistrats étaient Caius Lutatius, Caius Servilius et Marcus Annius. (4) Point de doute pour le nom de Lutatius; mais, au lieu de Servilius et d' Annius, quelques chroniques portent Manius Acilius et Caius Hérennius; d'autres, Publius Cornélius Asina et Caius Papirius Maso. (5) Une autre circonstance offre aussi de l'incertitude: l'attaque fut-elle dirigée contre les députés qui venaient se plaindre aux Boïens de leurs violences, ou contre les triumvirs occupés à la distribution des terres? (6) Les Boïens assiégeaient Modène; mais comme ces barbares, novices dans l'art des sièges, et trop indolents pour les travaux que réclame la guerre, restaient oisifs au pied des murs, sans chercher à les entamer, ils feignirent de vouloir entrer en accommodement. (7) Au moment où nos députés se rendent à l'entrevue qu'ont demandée les chefs des Gaulois, ils sont arrêtés contre le droit des gens, au mépris même du sauf-conduit qui venait de leur être accordé pour l'instant de la conférence; et les Gaulois déclarent qu'ils ne les remettront en liberté que quand leurs otages leur seront rendus. (8) À la nouvelle de l'arrestation des ambassadeurs et du péril que courait la garnison de Modène, le préteur Lucius Manlius, n'écoutant que la colère, fait avancer sans ordre ses troupes vers la ville. (9) Des forêts bordaient alors la route, et presque tout le reste du pays était inculte. Manlius, qui n'a pas fait reconnaître le terrain, tombe dans une embuscade où il perd beaucoup de monde, et ne parvient que très difficilement à gagner la plaine: (10) là, il établit des retranchements; et, comme les Gaulois ne conçurent même pas l'idée de l'attaquer dans ses lignes, nos soldats reprirent courage, malgré la perte assez évidente de cinq cents des leurs. (11) On se remet en marche: tant que l'armée s'avance à travers champs, l'ennemi ne paraît point; (12) à peine a-t-elle de nouveau pénétré dans les bois, qu'on attaque son arrière-garde; la confusion, l'effroi est dans ses rangs; sept cents hommes sont tués, six étendards enlevés. (13) Les succès des Gaulois et la terreur des Romains cessèrent au moment où l'on sortit de cette gorge difficile et hérissée d'obstacles. Des lieux découverts protègent enfin la marche des troupes, qui se dirigent vers Tannetum, bourgade voisine du Pô: (14) là, des fortifications exigées par la circonstance, les approvisionnements qu'elles reçoivent par le fleuve, quelques secours des Gaulois Brixians, leur servent de soutien contre la multitude chaque jour plus nombreuse de l'ennemi.


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